Mali – Oumar Aldianabangou, président de l’Alliance pour le Salut du Sahel (ASS) : « Concernant la crise socio-politique au Mali, le problème c’est le lobby du président du pays »

23/07/2020 – Dans le cadre de notre nouvelle rubrique « L’Actu en 3 Questions », nous initions un parcours sur quelques aspects de l’actualité malienne.

Pour cette occasion, face à la crise socio-politique qui secoue le pays depuis le début du mois de juin, et après la publication de son dernier communiqué, nous avons tendu notre micro à Oumar Aldianabangou, président de l’Alliance pour le Salut du Sahel (ASS) et membre du Mouvement de Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS).

Les derniers événements survenus à Bamako, le processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) dans le centre du Mali, ont été évoqués.

Sahel-Elite : Quelle est votre appréciation des récents événements qui se sont déroulés dans la capitale ?

Oumar Aldianabangou: Les événements qui se déroulent à Bamako sont malheureux. Ce sont des événements malheureux et le plus grand chapeau ne peut être porté qu’a l’Etat. Mais l’Etat n’est pas la seule partie responsable dans tout ça. Surtout, ce qui nous a fait mal, ce qui nous a choqué c’est d’arriver à des erreurs inconscientes qui ont couté la vie à nos confrères. C’est révoltant…c’est désolant. On a mené certaines investigations et la FORSAT n’a même pas intervenu. Ces éléments étaient de la Brigade anticriminelle (BAC). Ils s’étaient infiltrés parmi la population. Et même certains d’entre eux sont tombés. Et ça, dans un pays soi-disant démocratique et laïque, pour un soulèvement populaire, un soulèvement d’un peuple, c’est vraiment malheureux. De la part des autorités ça a été honteux et même aussi de la part de ceux qui ont incité les gens à la violence.

La police a tiré. Mais supposons que la marche soit non pacifique, si cette partie de la population n’est pas armée, la police ne peut pas tirer sur elle…. À ce que je sache, le seul qui détenait une arme a été capturé par des manifestants et remis aux forces de l’ordre. Cela démontre qu’il n’y avait pas d’intention de vandaliser à ce niveau.

Celle-là a été la troisième manifestation. Et on dirait que c’est la plus colossale que le pays a connue. Même le putsch (2012) n’avait pas réussi à mobiliser un tel nombre de gens. J’ai toujours remarqué dans mes communiqués que l’histoire est toujours récupérable et que l’erreur est toujours réparable. Si tous, nous sommes armés de bonne volonté, et la main du prétendu le plus fort reste tendu ça peut aller. Et le plus fort c’est le peuple.

Par ailleurs, demander la démission d’un président démocratiquement élu ce ne serait pas du tout légitime… même s’il était élu avec 2%. Moi je suis membre de la CMAS, mais pas membre du M5-RFP. La CMAS est membre du mouvement. Mais je n’ai jamais mis un pied au mouvement. En tout cas, j’ai ma carte parce que je partage certaines idées, certains objectifs et je continue dans ma posture de contribuer à la paix et la stabilité.

Dans tous les cas, ce qu’il faut noter c’est que le président Ibrahim Boubacar KEITA a un bilan que moi je ne peux qualifier de nul comme disent les autres. Il était venu dans une boîte déjà pourrie dans laquelle j’y étais. Il était venu armé de bonne volonté, mais c’est son lobby qui n’est pas bien.

Son problème c’est son lobby. Il doit faire attention à ça. Son ancien entourage le plus proche regrette de n’être pas même écouté. Apparemment il a de nouveaux amis et n’accepte pas d’être conseillé comme avant. Finalement, on ne s’attendait pas un discours si bel. Même l’affaire de Karim (Keita). Il est très petit… Il est super petit pour être à la tête d’une si grande commission comme celle de la Défense. Et il y est arrivé, selon moi, parce qu’il est le fils du président. Malgré qu’il ait été élu député dans sa Commune (Commune II), il est trop petit pour parler dans le cadre d’une telle commission. Ce sont des postes stratégiques. On ne peut pas bafouiller. Le peuple est au-dessus de la nation. Il est au-dessus d’un titre ou d’un poste. Quant à moi, sincèrement je aurai mis Karim à la commission du Commerce. ! Au moins il le connait bien.

Sahel-Elite : En évoquant la situation au centre du pays, depuis plusieurs mois, l’Alliance pour le Salut du Sahel s’est engagé dans un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) avec l’état. À quel niveau en êtes-vous ?

Oumar A. : Au niveau de la CNDDR (Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion), le Mali a la chance d’avoir un spécialiste qui a démontré ses preuves au niveau international dans le cadre du DDR qui est parti pacifier d’autres pays qui ne sont pas le Mali. Il s’agit de l’ancien ministre des Affaires Étrangères Zahabi Ould Sidi Mohamed. Mais le centre, si on veut le pacifier réellement on ne peut pas faire de ça des nominations de familles ou de connaissances.

Je suis engagé dans le processus du DDR avec l’Alliance pour le Salut du Sahel dont je suis le président. L’ASS est un mouvement armé malien du centre du pays qui a été invité depuis le gouvernement, depuis l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maiga jusqu’à l’actuel Boubou Cissé, et jusqu’à Zahabi à déposer les armes dans le cadre du DDR. Pour l’amour du pays et par respect pour l’ancien ministre Zahabi j’ai accepté de m’engager. Je suis le premier à miser sur la paix et dans ce sens je les ai amenés 225 combattants.

Malgré ça, nous avons constaté certainement des blocages. Cependant, nous croyons ce que le ministre nous a dit, mais je pense que c’est un problème qui dépasse le ministre…en tout cas c’est un DDR du centre entièrement arrêté. Pour le moment on n’en sait rien. Malgré qu’on ait déposé les armes, cela s’est arrêté là. Ils me disent d’orienter certains de mes combattants qui ne valent pas un tiers vers l’Armée de Terre mais, je n’ai aucune suite. Un des responsables de la CNDDR me dit qu’une fois que tu amènes tes combattants… ce n’est plus ta responsabilité. Je n’aime pas trop parler. Je ne suis pas trop bavard. Bon, j’ai compris. Comme vous le savez, je suis un officier du MNLA. J’ai fait Kidal, j’ai fait Aguelhok, Tessalit … un peu partout. Le DDR n’était pas envisagé au centre dans les accords de paix, mais c’est un mécanisme que l’Etat a mis sur place pour désarmer certains groupes armés du centre et c’est surtout grâce à la volonté et à la vision de Zahabi que ça a été fait. Lui, il est un nordiste, un ancien rebelle donc il comprend très bien leur stratégie. On avait toujours échangé dans le sens qu’un jour la région de Mopti serait affectée. On a eu des promesses entre nous et Zahabi. Mais pour l’instant, c’est tout. Ils sont chez eux, nous nous sommes chez nous. Quand ils vont au Nord, au centre, ou même dans la région de Ségou ou Koulikoro, ici tout près, ils s’adressent aux leaders du terrain qui véritablement ne représentent pas les gens. À mon avis, tu ne peux pas créer médiatiquement quelqu’un à qui tu vas prendre comme interlocuteur avec cette communauté dont la communauté même ne le réclame pas. La communauté même ne les souhaite pas.

Sahel-Elite : Bien que vous et d’autres groupes aient déposé les armes, la situation du centre ne s’est pas améliorée. Son lot de massacres continue. Comment expliquez-vous cela ?

Oumar A. : C’est l’Etat qui a refusé de pacifier le centre. L’Etat et autres. Ma maman est du centre. Moi, je suis né au centre. J’ai grandi et étudié au centre. Je ne suis pas seulement un chef de canton de ce centre et je suis aussi un cadre qui a servi pendant 29 ans et six mois…pour ne pas dire que je suis le « prince » de ce centre. Je sais de ce que je parle. J’ai fait des sondages et même des propositions. Comment expliquer qu’il n’y a jamais eu une seule mission du CNDDR au centre ? La seule mission qu’il y a eu, a été faite par moi-même et seulement pour 24 heures. Mais la question est, est-ce qu’en 24 heures on peut sensibiliser tout le centre ? J’ai toujours parlé de la nécessité d’organiser des rencontres entre les différentes communautés. La seule grande rencontre intercommunautaire qu’il y a eu a été organisée à Léré par le président de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (Zahabi Ould Sidi Mohamed), avec ma collaboration. Je les avais promis de les amener tous les chefs du centre et certains engagements ont été pris à ma présence. Et je sais que jusqu’à la date, ça n’a pas marché. De mon point de vue, c’est un manque de volonté.

Le centre n’a besoin d’aucune intervention militaire et c’est bien possible de le pacifier par le dialogue. Et tous ces responsables qui décident de cette question ils sont des peuls. Mais ils ne sont pas du centre. Même ces représentants locaux… pour parler il va leur falloir la permission des jihadistes pour qu’ils puissent vous répondre. Pour pacifier le centre, il faudra passer par le dialogue. Et l’Etat sait bien cela mais il n’a pas la volonté de faire. C’est incroyable qu’il dît qu’il ne peut pas faire des rencontres là. Personne ne peut empêcher l’Etat d’aller là où il veut. Si l’Etat malien reste dans le cadre d’un Etat, sans faire des amalgames, sans stigmatiser les populations, il n’a pas besoin de prendre des armes contre son peuple. Mais si l’Etat pousse le peuple à prendre les armes il va payer leur impôt. Il est bien possible de le pacifier le centre en passant par le dialogue. L’arme ne fera rien. Mais là où il va utiliser les armes il va trouver des armes, là où il va dialoguer il pourra dialoguer.

Dans ce cadre, tu ne peux trouver aucun d’eux qui n’a pas son ami rebelle, son ami jihadiste et ceux qui ont été élus dans leurs cercles mais qui coopèrent avec les jihadistes pour faire leurs affaires. Où est cette paix. ? Est-ce que tous ces gens là vont coopérer avec les forces armées pour réduire leur résistance. ? Ce qui est sûr c’est que le Mali n’a pas la volonté de faire la paix et s’il voulait, il la ferait. Je les ai prévenus depuis longtemps qu’il faut faire la paix. Sinon, nous assisterons à une guerre obligatoire. Moi, je crois qu’à un niveau sécuritaire, un politique ne peut pas traiter. À un niveau politique un militaire ne peut pas traiter. Ils veulent pacifier militairement. Il suffirait de choisir des cadres compétents pour dialoguer. Malgré qu’il y ait l’imam Mahmoud Dicko à la tête de cette lutte, nous le Mali, nous n’avons aucun médiateur d’un certain niveau. Un médiateur pour parler aux nordistes… mais à notre grande surprise on lui traite lui-même de terroriste. C’est quand même faux et flou. On paye aussi des jeunes, de petits chroniqueurs pour le citer, pour le dénigrer… c’est incroyable. Il n’a pas besoin de soutenir quelqu’un. Ni de l’état. Et si IBK veut lui parler il va le faire. C’est son jeune frère et ils se connaissent très bien.

C’est dans l’intérêt de la population du centre, la pacification du centre.

Dire seulement pour finir, de m’incliner sur la mémoire de ceux qui sont tombés. Savoir que ce pays nous appartient à tous les maliens. Si le Mali perd, c’est tous les maliens qui perdons. Si les dirigeants n’arrivent pas à trouver une solution, c’est l’ennemi qui gagne.

Maria Crespo / Kanfari Sonni Anass

©  Sahel-Elite (Bamako-Mali) | Photo: Oumar Aldianabangou ©Sahel-Elite/Maria Crespo

 

Auteur : Sahel-Elite | Sécurité privée

Société de sécurité privée créée et basée à Bamako (Mali). Nous travaillons en partenariat avec la société privée américaine Captive Audience dans les domaines sécuritaire, renseignement, formation et autres.

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