Tchad: un gouvernement largement remanié pour un Tchad nouveau

2018/05/08 – Le président tchadien, Idriss Déby Itno, seul aux commandes de l’exécutif conformément à la Constitution, a formé un nouveau gouvernement, selon un décret diffusé lundi soir à la radiotélévision publique. Largement remaniée, la nouvelle équipe devra mener les grands chantiers de la quatrième République proclamée vendredi et qui veut faire du Tchad une Nation plus ambitieuse et plus forte.
La nouvelle équipe gouvernementale compte vingt-neuf membres (deux ministres d’Etat, vingt-trois ministres et quatre secrétaires d’Etat), soit cinq de plus que le dernier formé le 24 décembre 2017 et dirigé par Albert Pahimi Padacké, qui a déposé sa démission le 3 mai dernier.
L’entrée la plus remarquable est celle de l’ancien deux fois Premier ministre et candidat à la présidentielle de mai 2016, Kassiré Delwa Coumakoye. Ce routier de la vie politique tchadienne s’est illustré en conduisant les travaux du forum national inclusif, tenu fin mars dans la capitale et qui a abouti à l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Il est récompensé par un poste de ministre d’Etat conseiller à la présidence de la République.
Le désormais ex-secrétaire général de la présidence, Jean-Bernard Padaré, signe aussi un retour fracassant au gouvernement, à un ministère d’Etat: les Infrastructures et le Désenclavement. L’ancien ministre de la Justice remplace à ce poste très en vue Adoum Younousmi.
Parmi les « revenants » figurent également Ruth Tédébé (Formation professionnelle et Petits métiers) et Djibergui Amane Rosine (Aviation civile, Transport et Météorologie nationale). La notaire avait été auparavant plusieurs fois ministre de l’Agriculture et de la Femme, entre autres.
Le ministre de la Sécurité publique, Ahmat Mahamat Bâchir, fidèle parmi les fidèles du président Déby, le chef de la diplomatie Mahamat Zène Chérif, le ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense nationale, le général Bichara Issa Djadallah, entre autres, sont maintenus. Il en est de même du magistrat et ex-secrétaire général de la présidence Djimet Arabi (Justice), d’Aziz Mahamat Saleh (Santé publique), de Madeleine Alingué (Communication), de Youssouf Abassala (Mines), de Siddick Abdelkérim Haggar (Environnement, Eau et Pêche) et de Mariam Mahamat Nour (Secrétariat général du gouvernement, chargé des relations avec l’Assemblée nationale).
Plusieurs autres personnalités sont également priées de prendre la porte. Le plus emblématique est Adoum Younousmi, quasi-inamovible ministre des Infrastructures et du Désenclavement, principal artisan de la transformation de N’Djaména et du reste du pays sous l’ère pétrolière. Il en va de même pour Abdoulaye Sabre Fadoul, dont le départ du ministère des Finances et du Budget était pressenti depuis plusieurs semaines. Le neveu du président Déby Itno est à l’origine de la politique d’austérité, symbolisée par des coupes dans les salaires et les indemnités des agents de l’Etat, qui a provoqué de longues grèves dans les secteurs publics. Le beau-frère du chef de l’Etat (frère aîné de la puissante Première dame Hinda Déby Itno), Ahmat Khazali Açyl, est aussi débarqué du ministère de l’Education nationale, alors que les syndicats menacent d’observer une nouvelle fois une grève pour protester contre l’exclusion de près de 3.000 d’entre eux des fichiers de paye du mois d’avril.
Le notaire Béchir Madet est également prié de laisser le ministère du Pétrole et de l’Energie à un de ses anciens collaborateurs: Boukar Michel. Le jeune cadre connaît bien le secteur puisqu’il a été secrétaire général de ce ministère et directeur général adjoint de la puissante Société des hydrocarbures du Tchad (SHT).
L’ancien compagnon de lutte armée du président Idriss Déby Itno et ex-secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (parti au pouvoir), Beyom Malo Adrien, cède le ministère très délicat de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation à un autre universitaire, Zakaria Fadoul Kitir, ancien recteur de l’Université de N’Djaména, la plus grande et la plus ancienne du pays. Le linguiste dirige l’une des associations des victimes d’Hissène Habré qui ont traqué et obtenu la condamnation à la prison à perpétuité de l’ancien dictateur par un tribunal spécial africain à Dakar en juin 2016.
Côté genre, la nouvelle équipe gouvernementale compte huit femmes dont la moitié sont des novices: Achta Ahmat Brémé (Aménagement du territoire, Développement de l’habitat et Urbanisme), Lydie Beassemda (Production, Irrigation et Equipements agricoles), Djamila Bachar Alkhatib (Femme, Protection de la petite enfance et Solidarité nationale) et Alix Naïmbaye (secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères).
La composition du nouveau gouvernement intervient trois jours après la promulgation de la nouvelle Constitution qui confère des pouvoirs plus élargis au président de la République et supprime le poste de Premier ministre.
Après avoir signé vendredi le décret de promulgation de la nouvelle Constitution instaurant la quatrième République, le président Déby Itno a annoncé les nombreux défis et chantiers qui attendent la nouvelle équipe.
Au centre des priorités, il a annoncé la maîtrise du train de vie de l’État, la rigueur dans la gestion de la chose publique, l’assainissement des finances publiques et la répression sans merci des infractions économiques et financières. Il a promis que le nouveau gouvernement aura « la mission première de mener une guerre sans merci contre toutes les formes de pratiques qui sapent le développement et compromettent le futur de la Nation ».
Sur le plan économique, la nouvelle équipe devra s’atteler à créer les conditions nécessaires pour assurer la diversification de l’économie tchadienne frappée depuis quatre ans par une crise sans précédent. La chute des cours du baril a plombé l’économie et les finances de ce pays, dont 70% des recettes découlaient du pétrole. Aujourd’hui, tout est pratiquement aux arrêts ou tourne au ralenti: écoles, hôpitaux, et même l’administration publique, en proie à des menaces de grèves répétitives.
Le président a réaffirmé vendredi qu’un point d’honneur serait mis sur l’agriculture et l’élevage, deux secteurs porteurs dont le développement est un gage de croissance et de création d’emplois pour les femmes et les jeunes.
Dans le domaine politique, le premier gouvernement de la quatrième République devra organiser des élections législatives, annoncées pour le mois de novembre 2018 par le chef de l’Etat. Ce scrutin sera suivi par les deuxièmes élections locales de l’histoire du Tchad. Xinhua

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s