Burkina/Procès putsch : «La hiérarchie a accompagné le coup d’Etat», Boureima Kiéré

2018/15/11 – Au 3e jour de son audition devant le tribunal militaire dans le cadre du procès du putsch, le mercredi 14 novembre 2018, le colonel-major Boureima Kiéré a été plusieurs fois questionné par la partie civile pour clarifier s’il a accompagné ou non le coup d’Etat du Conseil national de la démocratie (CND).

Les avocats de la partie civile ont adressé plusieurs qualificatifs au colonel-major Boureima Kiéré à son 3e jour de présence à la barre du tribunal militaire, mercredi 14 novembre 2018. Me Prosper Farama l’a qualifié de « ferme » en référence à de précédents propos de l’accusé soutenant qu’en matière de coup d’Etat, on ne saurait joué un double jeu, on est soit d’accord, soit contre, mais jamais les deux à la fois. Dans la suite de son raisonnement, l’avocat a mis en doute une réponse du colonel-major indiquant que l’ex-Chef d’Etat-major des armées (CEMGA), le général Pingrenoma Zagré, aurait promis au général Diendéré que l’armée assurerait le maintien de l’ordre. « Est-ce que vous confirmez que le CEMGA, lors d’une rencontre, a cédé son fauteuil au général Diendéré et l’a désigné en disant le président du CND ? », a-t-il demandé au colonel-major qui a répondu par l’affirmative. Et l’avocat de relever la gravité d’une telle situation. Il a demandé à l’accusé s’il estimait pour sa part que la hiérarchie militaire a accompagné le coup d’Etat. Boureima Kiéré a encore répondu par l’affirmative. «On peut donc dire que vous étiez dans une situation où la hiérarchie a accompagné le coup et que vous n’aviez pas d’autre choix que de le faire. Si la hiérarchie a fait un putsch avec le général Diendéré, est-ce que vous aussi vous estimez avoir réalisé un putsch avec le général Diendéré ? » A cette déduction, l’ancien chef d’état-major particulier de la présidence a répondu non. « Non Maître. Je n’ai pas accompagné le coup. J’étais dans une situation où je ne pouvais pas faire autrement. Mais j’ai bien formulé ma position au général dès le départ que le coup d’Etat ne pouvait prospérer », s’est-il expliqué. Mais l’avocat de la partie civile ne l’entendra pas de cette oreille. Pour Me Farama, ils ne peuvent pas avoir tous été accompagnateurs et avoir encore parmi eux des médiateurs. L’avocat reviendra à la charge pour demander à l’accusé si les actes qu’il a posés au cours des événements l’ont été par peur, suivisme ou dans la volonté de résoudre la crise. L’accusé refusera de répondre. Et Me Farama d’insister en lui demandant précisément quel sens il donnait à sa présence à l’hôtel Laïco. Pour le colonel-major, c’était pour œuvrer à résoudre la crise. « Alors expliquez au tribunal en quoi aller à l’hôtel en compagnie du général constituait un acte de sortie de crise », lui a adressé l’avocat. « Je ne peux pas répondre », s’est contenté de dire Boureima Kiéré. Me Farama s’est ensuite intéressé aux messages que le chef d’état-major particulier de la présidence ivoirienne, le général Vagondo Diomandé aurait adressés à l’accusé. Il lui a demandé d’expliquer dans quel cadre l’officier ivoirien peut envoyer des conseils en stratégie militaire à des soldats burkinabè. L’accusé a juste expliqué qu’il s’agissait de conseils d’un « ami et frère» qu’il connaissait assez-bien. Il a assuré n’avoir, d’ailleurs, donné aucune suite à ces messages. « Mais ce grand frère et ami qui vous connait bien a estimé que vous devez être du côté des putschistes. Il vous donne des conseils tendant à la consolidation du putsch. Les messages ont un caractère compromettant. Vous n’avez pas estimé qu’il vous fallait rendre compte à la hiérarchie ? », a réagi l’avocat.

Beaucoup de question sans réponse

Le colonel-major s’est contenté de répéter qu’il n’avait pas répondu aux messages. L’avocat a conclu son interrogatoire en félicitant la constance et l’honnêteté du colonel-major. En effet, à toutes les questions de l’avocat, Boureima Kiéré a reconnu n’avoir pas été torturé pendant l’enquête préliminaire à la gendarmerie ni subi de menaces devant les juges d’instruction et de la chambre de contrôle. Il a aussi admis toutes les déclarations qui lui sont prêtées dans les PV sous-commission rogatoire de la gendarmerie, du juge d’instruction, et à l’audience de la chambre de contrôle ainsi que les messages révélés par le rapport d’expertise comme issus de son portable. Dans l’après-midi, le conseil du colonel-major, Me Dieudonné Bonkoungou a fait le bilan des auditions des accusés. « Beaucoup de questions sont toujours sans réponse, nombre d’actes d’instruction restent à questionner. Beaucoup d’investigations ne sont pas entreprises alors que des faits graves sont dénoncés », a-t-il lancé. Il a ajouté que les témoins qui viendront à la barre sont des témoins de circonstance qui ne feront que charger son client. Bien que celui-ci n’ait pas contesté le contenu du rapport d’expertise électronique, l’avocat a argué que ledit document pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. Questions actuellement au centre des débats alors qu’elles auraient dû l’être à la phase d’instruction, selon l’avocat. Me Bonkoungou s’en est aussi pris aux extraits de notes d’audience devant la chambre de contrôle de l’instruction. Ils comportent, à ses dires, des « mots rayés » et de ce fait devaient être approuvés par les parties au procès.  « J’ai du respect pour le travail des greffiers mais leurs notes sont incompréhensibles. Il y a beaucoup de parties blanches et des phrases parfois pas fidèles aux déclarations des parties », a relevé l’avocat. Se fondant sur ces « irrégularités », Dieudonné Bonkoungou a demandé au tribunal de n’avoir « aucun égard pour aucun extrait du primitif concernant le colonel-major Kiéré ».
Et d’ajouter qu’il n’y a aucun gage d’authenticité des documents en question qui doivent donc être écartés du dossier. Le tribunal a analysé cette demande comme une exception de nullité du primitif et a invité le parquet et la partie civile à se prononcer là-dessus. Le procureur a requis que l’exception soit rejetée car «manquant totalement de base légale ». Mais pour Me Awa Sawadogo de la partie civile, la requête de son confrère Bonkoungou n’est pas une exception dans la mesure où le primitif n’est pas un acte de procédure mais plutôt un élément de preuve à soumettre au débat contradictoire. L’auteur de la requête y a consenti et le tribunal a clos le débat sur cet aspect, promettant de trancher la question au moment de la décision sur le fond. L’interrogatoire de Boureima Kiéré reprend demain vendredi 16 novembre 2018 à 9h.

SidWaya/Sahel-Elite

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