Tchad: vers un nouveau cadre pour les prochaines élections

2018/05/10 – Les tractations ont débuté mardi entre la majorité présidentielle et l’opposition tchadiennes pour la mise en place d’un nouveau cadre politique censé conduire à des élections législatives et locales apaisées, prévues à la fin de l’année.
Dans son traditionnel message à la Nation, délivré le 31 décembre 2017, le président Idriss Déby annonçait que des élections législatives seront organisées en 2018. « Cette échéance électorale majeure qui est attendue par toute la classe politique tchadienne sera sans nul doute un moment de grande ferveur politique », avait-il affirmé avant d’appeler « au sens de responsabilité et de patriotisme des différents acteurs politiques ».
Le mandat de l’actuelle Assemblée, installée en juin 2011, devait s’achever le 20 juin 2015, soit une durée de quatre ans, comme prévu par la Constitution. Mais face à l’impossibilité d’organiser de nouvelles législatives à temps en raison de contingences d’ordre économique, l’Assemblée nationale avait adopté une loi la prorogeant « jusqu’à la mise en place d’une nouvelle Assemblée nationale élue ».
Le 4 mai 2018, en promulguant la nouvelle Constitution instaurant la quatrième République, le chef de l’Etat tchadien a réaffirmé que les élections législatives devraient se tenir au mois de novembre 2018. Elles seront suivies d’élections locales. Mais pour la sérénité du jeu politique, « il est nécessaire de restaurer le cadre de dialogue politique », a-t-il déclaré. « Cette structure qui rassemble dans un élan fraternel la majorité présidentielle et l’opposition démocratique fait le charme et la vitalité de notre jeune démocratie », a-t-il ajouté.
Dans une déclaration publiée quelques heures après la promulgation de la nouvelle Constitution, le chef de l’opposition, Saleh Kebzabo, a exigé la transparence totale pour les prochains scrutins.
« L’opposition démocratique ne doit pas admettre que des ordonnances réglementent tout ou partie des modalités des élections locales et législatives à venir, et [doit] exiger qu’un consensus soit obtenu entre tous les acteurs politiques à chaque étape du processus de préparation de ces élections », a prévenu le chef de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR).
M. Kebzabo a appelé la communauté internationale, si elle doit intervenir dans le financement ou la sécurité des élections, comme l’a demandé le chef de l’Etat, à « lui demander, au préalable, d’inscrire la transparence électorale dans son programme ».
L’opposition, qui ne cesse de réclamer, depuis la présidentielle de mai 2016 (remportée par le président Déby Itno), un dialogue national inclusif, avait boycotté le forum national inclusif sur les réformes institutionnelles de fin mars 2018, puis les travaux d’examen et d’adoption de la nouvelle Constitution par l’Assemblée nationale.
L’appel de l’opposition a été entendu par le président Déby Itno, dont les pouvoirs viennent d’être plus que jamais confortés par la nouvelle loi fondamentale qui a supprimé le poste de Premier ministre et fait du chef de l’Etat le détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Mardi, dans son palais, il a réuni les dirigeants des partis politiques de la majorité présidentielle et de l’opposition. A l’ordre du jour: les futures échéances électorales et le Cadre national de dialogue politique (CNDP).
Face à plus de 200 partis politiques, toutes tendances confondues, qui ont répondu à son invitation, il a affirmé que la quatrième République marque une nouvelle ère pour le Tchad, que le renouveau tant souhaité du pays ne peut être possible sans la paix sociale, et appelé toutes les forces vives du pays à jouer pleinement leurs rôles.
« L’idéal de la refondation prônée par la quatrième République appelle à la participation de toute l’opposition dans toute sa pluralité. C’est pourquoi la restauration du Cadre national de dialogue politique, un cas d’école unique en Afrique, est une urgence », a-t-il insisté.
Le renouveau du CNDP a été unanimement accueilli par les chefs des partis présents. « L’opposition et la majorité se sont toujours rencontrées depuis 2007 pour mettre en place un cadre de dialogue politique, lequel cadre a toujours fonctionné et nous a toujours amenés vers des élections apaisées parce que nous nous entendons au préalable sur ce qu’il y a à faire. Cette fois-ci, c’est la même chose, le président nous ordonne de mettre en place un nouveau cadre de dialogue politique », se réjouit Mahamat Zen Bada, secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS, parti au pouvoir depuis 1990).
En face, on se montre plus critique sur le bilan du CNDP. « Le CNDP n’a pas fonctionné. Tous ceux qui ont pris la parole dans la salle ont jeté l’anathème sur le CNDP », affirme Ahmad Mahamat Alhabo, coordonnateur du Front de l’opposition nouvelle pour l’alternance et le changement (Fonac), une coalition formée par une trentaine de partis de l’opposition, regroupés autour de six candidats malheureux à la dernière présidentielle, mais qui s’est effritée au fil des mois.
« Au sein de notre regroupement, nous pensons qu’il faut organiser des élections libres, démocratiques et transparentes au Tchad. Et pour le faire, il faut mettre en place un cadre qui soit bien fait. Le cadre ancien a échoué, il en faut un nouveau. Pour mettre en place un nouveau cadre, il faut créer une commission électorale paritaire (opposition/majorité) », explique-t-il.
Après les échanges au Palais rose (siège de la présidence), la majorité présidentielle et l’opposition doivent se retrouver, chacune de son côté, pour désigner leurs représentants à cette nouvelle structure. Elles ont un délai d’une semaine pour communiquer leurs listes pour la mise en place du nouveau CNDP devant conduire aux élections. L’actuel CNDP comprend 25 membres, dont 11 de la majorité, 11 de l’opposition démocratique et 3 de la société civile.
« La dernière fois, le cadre de dialogue politique a été élargi à la société civile; mais le forum a demandé que la société civile sorte du programme des politiques. Nous allons justement nous rencontrer pour créer un cadre paritaire opposition/majorité », précise M. Zen Bada.
Il faut donc redéfinir les textes du CNDP pour lui donner plus de vigueur et d’efficacité. « Il faut tenir compte des erreurs du passé », conclut M. Mahamat Alhabo.

Source: Xinhua

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