Cameroun : pression sur les armureries pour faire reculer la prolifération des armes

2018/04/28 – Dans le cadre de ses efforts de résolution des diverses crises sécuritaires qui affectent le pays, le gouvernement camerounais met la pression sur les armuriers locaux, en les soumettant à un contrôle rigoureux de leur activité qui a longtemps fait défaut, favorisant selon lui des connexions entre ces opérateurs et des groupes criminels à l’origine de la montée de l’insécurité.

Pour moins de 3.800 autorisations, on dénombre plus de 27.000 armes et munitions en circulation dans le pays, selon une estimation officielle révélée par le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, vendredi à Yaoundé. « A ce jour, le nombre d’armes en circulation est largement supérieur à celui des autorisations dûment accordées par les autorités compétentes », a-t-il précisé.

En décembre 2016, le gouvernement avait fait voter par le Parlement une loi portant régime général des armes et munitions au Cameroun. Celle-ci dispose que l’acquisition, la détention ou le port d’armes de chasse et de défense ainsi que de leurs munitions sont des opérations distinctes soumises chacune à l’autorisation préalable du ministre en charge de l’Administration du Territoire.

Plus d’un an après, le constat montre que cette législation peine à être respectée par de nombreuses personnes reconnues coupables de détention « d’armes à feu, modernes ou de fabrication artisanale, sans la moindre autorisation correspondante » , a déploré le ministre de l’Administration territoriale lors d’une réunion avec les armuriers tenue vendredi, à Yaoundé.

« La prolifération et la circulation illicite des armes à feu et de leurs munitions ont, depuis quelque temps, atteint des proportions inquiétantes et représentent une réelle menace à l’ordre public » , a-t-il poursuivi.

Membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) puis de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), le Cameroun partage des frontières, réputées poreuses, avec la République centrafricaine (RCA) et le Tchad, deux pays connus pour leur évolution politique mouvementés et vulnérables à la circulation illicite d’armes de petit calibre.

Selon les estimations officielles, plus de 2.100 kilomètres de frontières terrestre et maritime le séparent aussi du Nigeria, depuis lequel la secte islamiste Boko Haram, équipée de stocks d’armes de guerre provenant de Libye, attaque les populations et les forces de défense et de sécurité dans la région de l’Extrême-Nord.

Conformément à ses obligations internationales, le pays d’Afrique centrale s’est aussi doté d’une législation visant à interdire et éliminer la circulation illicite d’armes de petit calibre.

Les efforts du gouvernement pour endiguer ce phénomène se révèlent ardus, car parmi les armuriers se trouvent des « opérateurs véreux », a affirmé Paul Atanga Nji. « Nous avons mené des enquêtes et si je peux vous révéler ce que nous avons constaté, il y a des indices concordants (de liens) entre certains vendeurs d’armes et des groupes de bandits de grand chemin », a-t-il dit.

La fabrication d’armes artisanales est également interdite dans le pays, mais cette pratique, considérée comme une coutume ancestrale pour certaines communautés, persiste avec la vente par les armureries des munitions de calibre 12 que ces armes utilisent, regrettent les autorités.

Au total, une trentaine d’armureries sont recensées au Cameroun. Face à la persistance des violences causées par Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord et à l’exacerbation des tensions sécessionnistes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les deux régions anglophones du pays, le gouvernement a décidé début avril de suspendre provisoirement leur activité.

La mesure concerne six des dix régions administratives (Adamaoua, Centre, Littoral, Ouest, Nord-Ouest et Sud-Ouest) et vise à assainir le secteur en le soumettant à un contrôle rigoureux des opérations d’acquisition et de vente d’armes de chasse et de protection ainsi que de leurs munitions dans le pays.

Dans l’immédiat, un inventaire exhaustif des stocks d’armes et de munitions disponibles dans les échoppes, ainsi que des diverses commandes en cours ou en instance a été ordonné.

« En dehors des autorisations légalement données par le MINAT (ministre de l’Administration territoriale), dorénavant, chaque responsable qui bénéficie d’une autorisation pour l’ouverture d’un magasin engagera individuellement sa responsabilité devant la loi en cas de dysfonctionnements imputables à son entreprise », a annoncé vendredi le ministre de l’Administration territoriale.

Lors de cette rencontre, ces opérateurs réunis au sein d’un collectif ont reconnu la pertinence des décisions gouvernementales, promettant de les respecter, notamment en mettant de l’ordre dans leurs rangs, comme le préconisent les autorités.

Dans leur demande en vue de la levée de la mesure de suspension de leur activité, ces entrepreneurs, dont certains sont d’anciens responsables des services de sécurité, se sont accordés à coopérer avec les pouvoirs publics en mettant systématiquement à leur disposition « une information utile et fiable sur les dates d’entrée et de sortie des armes et munitions achetées ou vendues » dans leurs échoppes.

« Il était question qu’ensemble, nous trouvions des solutions au problème de surarmement qui se pose dans notre pays (…) La solution la plus fiable était l’informatisation des armureries et l’utilisation de logiciels harmonisés dans le cadre de la gestion et de la mise en place de la traçabilité des matériels au sein de l’armurerie », a déclaré à la presse Fernand Belibi Edza, représentant délégué du collectif.

Toutefois, selon lui, « les armuriers (camerounais) ne vendent pas d’armes de guerre. Ils vendent des armes de chasse. Il ne faut pas qu’il y ait une confusion. Il y a une porosité d’autre part avec nos voisins qui sont en instabilité politique et font entrer des armes de guerre en République du Cameroun » .

Cette déclaration est démentie par des sources officielles, qui soutiennent que certains armuriers se servent des autorisations reçues pour acheter et revendre des armes de guerre.

Source: Xinhua

Auteur : Sahel-Elite | Sécurité privée

Société de sécurité privée créée et basée à Bamako (Mali). Nous travaillons en partenariat avec la société privée américaine Captive Audience dans les domaines sécuritaire, renseignement, formation et autres.

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